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L’Esprit, l’inconnu que nous connaissons !

 

On peut dire de la Pâque que c’est une fête de l’urgence : les Hébreux ont dû quitter l’Égypte rapidement et ils ont été, d’une certaine manière, bien peu "acteurs" des événements qui se sont déroulés. Comme le dit Moïse au moment de faire passer le peuple à travers la mer Rouge : « Le Seigneur combattra pour vous et vous, vous garderez le silence » (Exode 14, 14). À la Pentecôte au contraire, comprise comme fête de l’alliance et de la Loi donnée, le peuple a pris de la distance vis-à-vis de l’Égypte et s’est habitué à sa nouvelle condition de liberté. Il est maintenant confronté à Dieu et doit se prononcer : l’acceptera-t-il ? Recevra-t-il sa Parole ? Deviendra-t-il un partenaire conscient, résolu, de ce Seigneur qui lui parle et demeure au milieu de lui ?

Il semble que cet aspect est passé dans la Pentecôte des Chrétiens et qu’il la marque avec force. Acceptons-nous publiquement que cet Esprit qui nous est donné depuis notre baptême, qui nous conduit et nous inspire, soit le partenaire explicite de notre vie ? Reconnaissons-nous qu’il vit avec nous et que nous vivons avec lui ? Sommes-nous d’accord pour qu’il nous donne tout ce qu’il a révélé du Christ ? Comme le dit Paul : « nous souffrons avec le Christ pour être avec lui dans sa gloire » (Romains 8, 17). Autrement dit, si nous recherchons la vérité et la vie, nous avons déjà pris des décisions, posé des actes et dit des paroles qui nous ont mis en porte-à-faux par rapport à notre entourage ; nous avons donc déjà écouté ce que l’Esprit nous disait et nous avons reçu sa force pour l’accomplir, quoi qu’il nous en ait coûté.

 

Fête de la personne.

 

La Pentecôte est donc une fête où est scellée publiquement notre alliance avec Dieu. Nous y lisons notre histoire, personnelle et communautaire, comme une histoire avec l’Esprit. Il nous est donné explicitement comme le Don, pour que soit manifesté qu’il nous inspire depuis longtemps. Et ceux-là l’accueillent pleinement qui ont déjà goûté à ses dons, les ont acceptés et fait fructifier dans les multiples circonstances de l’existence. De la rencontre consentie avec lui naît un surcroît de fécondité, mais aussi de consistance personnelle. Dans le livre de Tobie, l’ange Raphaël, qui se donne comme un compagnon de route humain, accompagne le jeune Tobie dans ses pérégrinations. Il le guide, l’initie, lui fait trouver une femme, Sara, lui enseigne à repousser le démon et à guérir son père. À la fin seulement, il lui révèle son identité angélique et disparaît. Cette disparition n’est en rien une absence : le surcroît d’esprit que cet ange a apporté à Tobie est désormais le bien propre du jeune homme. Sa chair s’est déployée, remplie. Il peut bénir Dieu sur terre comme Raphaël le fait dans les cieux (cf. Tobie 13 : cantique de Tobie après le départ de l’ange Raphaël). Cet ange, d’abord incognito, puis manifesté publiquement, suit un parcours que l’Esprit emprunte : caché dans nos vies, il apparaît comme le Don qu’il est et qui fait de nous des personnes.

Le Christ dit à ceux qui l’aiment qu’il vient en eux avec son Père pour faire en eux sa demeure (Jean 14, 23). L’Esprit configure à ces hôtes chacun de ceux qui les reçoivent. Chacun devient alors - comme l’est le Père, comme l’est le Fils et comme il est, lui, l’Esprit - une personne.

 

Frère Martin