Pâques des chrétiens, Pessa’h des hébreux : des fêtes si différentes ?

 

La Cène est le dernier repas que notre Seigneur Jésus pris avec ses disciples. Ce repas (le seder en hébreu) est aujourd’hui encore un cérémonial important pour tout juif. Cette année le seder de Pessa’h aura eu lieu les 27 et 28 mars 2021, soit une semaine exactement avant notre célébration de la Pâque du Christ.

Les rites et les paroles utilisés au cours du seder sont évidemment un peu différents des nôtres, mais en les découvrant, je vous propose de plonger dans ce qui constitue l’un des pivots racinaires de notre liturgie.

Le seder est un repas cérémonial qui comprend la lecture de textes, des histoires, la consommation de vin, et d’aliments spéciaux ; ainsi que des chants. Selon le commandement biblique, il se tient après la tombée de la nuit le premier soir de Pessa’h (= Pâque juive), qui est l’anniversaire de la sortie d’Egypte (cf livre de l’Exode).

 

Qu’y a-t-il au menu ? Durant la soirée on prendra :

- 4 coupes de vin,

- un légume trempé dans l’eau salée,

- un pain plat sans levain (façon crackers) appelé matsa,

- des herbes amères, souvent du raifort ou de la laitue, que l’on trempe dans une pâte (le ‘harosset) faite de noix, pommes, poires et vin,

Enfin un repas festif inclut les mets traditionnels, par exemple de la soupe de poulet.

 

Le vin est symbole de joie et de bonheur. Le nombre de coupes partagées est parfois relié aux quatre termes que Dieu utilise pour signifier la fin de l’esclavage en Egypte : je vous prendrai…vous sauverai…vous délivrerai…vous amènerai.

Chaque élément du seder prend place dans une liturgie comprenant 15 étapes, faites de saveurs, sons, sensations et odeurs. L’ensemble est présenté dans un recueil, la haggadah, écrit en hébreu mais aujourd’hui traduit, que l’on doit suivre scrupuleusement. Pour celui qui vit le seder, mangeant ces aliments amers et pauvres, l’Exode devient une réalité palpable. Mais tout aussi réels sont la joie et les toasts qui accompagnent le repas festif qui concluent la soirée.

La cérémonie doit conduire tous les participants à ressentir qu’il sort d’Egypte. C’est pourquoi le récit biblique est largement déployé. On y rappelle l’histoire des patriarches, Moïse et pharaon, les plaies d’Egypte, et bien entendu, la traversée de la mer et du désert. Cela n’est pas sans rappeler les lectures bibliques que nous, chrétiens, faisons au cours de la vigile pascale.

Après avoir reconnu que le Seigneur est le Tout-Puissant qui a guidé son peuple au désert et jusqu’en Terre promise, la 3e coupe de vin est bénie puis bue. La bénédiction du vin dit notamment ceci : « Tu es bon et fais du bien à tout, et nous Te remercions pour la terre et pour le fruit de la vigne. Béni sois-Tu, Éternel, pour la terre et pour le fruit de la vigne ». Le vin et le pain sont pris en étant accoudé, sur la gauche. Cela signifie le fait que les hébreux étaient devenus libres, puisque seules les personnes libres avaient le luxe de s’incliner en mangeant. Ce geste ne rappelle-t-il pas une des inclinations du prêtre, lorsqu’il prononce sur le pain et le vin, les paroles que le rabbi Jésus avait dites au soir de la Cène ? Prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps…mon sang…livré pour vous.

Quant à la dernière coupe de vin du seder, celle que les évangiles identifient clairement, elle représente le prophète Elie, le dernier qui annonce la venue du Messie. Avant de boire à cette coupe, on ouvre la porte de la pièce où l’on célèbre le repas, et on lit le passage où Elie proclame l’arrivée prochaine du Messie. Ensuite, on chante le hallel ’yah, chant de louange que nous connaissons sous le nom d’Alléluia. Le Seigneur Dieu est alors béni et chanté en tant que maître de tout l’univers, et la coupe de vin est enfin bue. C’est alors seulement que les verres des convives sont remplis, et que le repas festif prend place.

Le parallèle avec notre liturgie eucharistique est flagrant. Pour nous, le chant de l’alléluia est suivi de celui du sanctus, où l’on chante le Dieu de l’univers. Le pain et la coupe sont bénis, devenant pour nous, Corps du Christ (=Messie) qui est ensuite partagé et donné à tous, en nourriture de vie éternelle.

Notre Pâques est un mémorial qui reprend l’histoire du peuple juif. Le Christ est venu nous prendre, nous sauver, et nous délivrer du péché. Maintenant il veut nous emmener à sa suite. Il désire que nous devenions comme lui, des enfants de Dieu. Il nous appelle à la sainteté : « soyez saints ».

 

Frère Samuel

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