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La grandeur du quotidien

 

« En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, (…) jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis… »  (Mt 24, 37-39)

Avant de se noyer dans le déluge, la génération de Noé s’est noyée dans sa propre inconscience. Elle s’est noyée dans un quotidien étourdissant et abrutissant, parce que vécu de manière inconsciente. Quand on se limite à l’immédiateté du fait divers on vit hors de soi, jetés hors de soi-même par trop de stimulations et par un excès de choses qui nous habitent (en fait, qui nous encombrent). On n’est alors plus vraiment sujet de ses actes et de ses idées, on se « laisse agir » par d’autres instances : on perd sa liberté. Croissance et maturité intérieures sont alors entravées au point que beaucoup meurent sans être nés complètement à eux-mêmes.

 

« Qu’est-ce qui est le propre du chrétien ? C’est de veiller à toute heure du jour et de la nuit et de se tenir prêt dans la perfection qui plaît à Dieu, car il sait que le Seigneur vient à l’heure à laquelle il ne pense pas »1. La question que nous devrions nous poser est celle-ci : que faisons-nous de ce quotidien ? Ou mieux, que faisons-nous de nous-mêmes à travers lui ? Mais plus souvent, nous devons nous arrêter sur la question, qui arrive toujours trop tard : qu’est-ce que le quotidien a fait de nous ? Vivre spirituellement le quotidien signifie donc être présent à soi-même, habiter les paroles que l’on prononce, ne pas se laisser séduire par les sirènes du « monde » : être vigilant.

Vivre spirituellement le quotidien signifie le comprendre comme une invitation à aller en profondeur, à entrer dans sa propre intériorité, à habiter son humanité pour inventer des pratiques quotidiennes illuminées par la foi et habitées de gratuité. C’est ainsi que peut s’unifier la multiplicité même du quotidien. Ce n’est pas dans la profondeur que l’on se noie, mais dans la superficialité.

 

« La sagesse du scribe s’acquiert à la faveur du loisir ; pour devenir sage, il faut avoir peu d’affaires à mener. » (Si 38, 24). Pour saint Augustin, le sommet de cette sagesse est la connaissance de Dieu : « Il est écrit : “Tenez-vous en repos, dit Dieu, et vous reconnaîtrez que c’est moi le Seigneur” (Ps 45, 11), non pas dans le repos du désœuvrement, mais le repos de la pensée, qui la libère de l’espace et du temps. »2

Il va de soi que vivre spirituellement le quotidien, dans une perspective chrétienne, ne signifie rien d’autre que de vivre la vocation baptismale en se laissant guider par l’Esprit saint. Le modèle de cette vie est l’humanité de Jésus de Nazareth telle que les évangiles en offrent le témoignage. Jésus fait le récit de Dieu par sa pratique d’humanité.

 

Frère Martin